L'ete 2026 a laisse environ 38 % du territoire europeen en situation de secheresse, l'un des episodes de chaleur et de secheresse les plus severes jamais enregistres sur le continent. En Europe du Sud, pres de 30 % de la population vit sous un stress hydrique permanent et jusqu'a 70 % subit un stress saisonnier estival. Dans ce contexte, le continent ne reutilise encore quenviron 3 % de ses eaux usees traitees, soit pres de 1,1 milliard de metres cubes par an, alors que le volume techniquement disponible est bien superieur. Le reglement (UE) 2020/741 a transforme la reutilisation d'une simple option en un marche encadre, et sa premiere echeance de reporting est tombee le 26 juin 2026. Pour les investisseurs en infrastructures hydriques, l'ecart entre les 3 % reutilises aujourd'hui et les quelque 6,6 milliards de metres cubes que la Commission europeenne estime atteignables dessine l'opportunite.
La secheresse de 2026 et la demande qu'elle a creee
Les chiffres physiques fixent la demande. L'ete 2026 figure parmi les pires episodes europeens de chaleur et de secheresse, avec environ 38 % du territoire en secheresse et les Etats mediterraneens, de l'Espagne et du Portugal a l'Italie, la Grece, Malte et Chypre, sous la pression saisonniere la plus forte sur les ressources en eau douce. Le versant distribution aggrave le tableau : en Italie, plus de 42 % de l'eau injectee dans les reseaux locaux est perdue avant d'atteindre le robinet, selon l'ISTAT, un taux de fuite qui fait de chaque nouvelle ressource un investissement en partie gaspille tant que les reseaux ne sont pas rehabilites. Le Comite economique et social europeen a chiffre a au moins 255 milliards d'euros le cout du respect de la legislation hydrique europeenne en vigueur, et meme apres les recents engagements publics, un deficit annuel persistant d'environ 23 milliards d'euros subsiste. Une penurie de cette ampleur modifie l'economie de l'offre alternative. Le dessalement et la reutilisation des eaux usees traitees cessent d'etre des ajouts marginaux et deviennent des ressources de base que les communes et l'agriculture acceptent de payer, ce qui est precisement la condition dans laquelle le capital prive finance des actifs hydriques de long terme.
Le reglement (UE) 2020/741 et les moyens derriere la strategie
Le reglement (UE) 2020/741 sur les exigences minimales applicables a la reutilisation de l'eau est entre en vigueur le 26 juin 2023 et a fixe des classes de qualite communes, des regles de surveillance et des obligations de gestion du risque pour l'eau regeneree destinee a l'irrigation agricole. Sa premiere etape de gouvernance est arrivee le 26 juin 2026, date a laquelle les Etats membres utilisant de l'eau regeneree devaient publier des jeux de donnees sur les controles de conformite, a actualiser tous les six ans. Cette obligation de reporting compte pour les investisseurs car elle transforme la reutilisation d'une pratique volontaire en une activite documentee et verifiable, dotee d'un registre public de conformite, le type de cadre que preteurs et fonds d'infrastructure exigent avant de s'engager. Par-dessus se place la Strategie europeenne pour la resilience de l'eau, publiee le 4 juin 2025, que la Commission a assortie d'un Programme du Groupe BEI pour la resilience de l'eau de plus de 15 milliards d'euros de financements sur 2025 a 2027, destine a mobiliser environ 40 milliards d'euros d'investissements hydriques en trois ans. Les regles nationales vont dans le meme sens : le decret Secheresse italien (loi n. 68/2023) a simplifie les autorisations pour les usines de dessalement et la reutilisation des eaux usees, et l'objectif du Green Deal de reduire de 13 % la consommation d'eau de l'UE d'ici 2030 maintient la demande d'efficacite et d'offre alternative en tete de l'agenda politique.
De 3 % a 6,6 milliards de metres cubes : la taille de l'ecart
L'ecart est la these d'investissement. L'Europe reutilise aujourd'hui pres de 1,1 milliard de metres cubes d'eaux usees traitees par an, soit entre 2,4 % et 3 % des effluents, tandis que l'etude d'impact de la Commission europeenne elle-meme a situe le volume techniquement atteignable autour de 6,6 milliards de metres cubes, plus de la moitie du volume sortant des stations d'epuration de l'UE, pour un cout supplementaire estime sous les 700 millions d'euros. La repartition des pratiques est inegale et instructive. Chypre reutilise deja pres de 100 % de ses eaux usees et l'Espagne deplace les plus gros volumes absolus en Europe, surtout pour l'irrigation, tandis que Malte se situe entre 5 % et 10 % et l'Italie ne reutilise qu'une faible part alors qu'elle compte parmi les economies les plus exposees a la secheresse du continent. Cette inegalite est la ou se logent les rendements, car les retardataires portent la courbe de croissance la plus forte une fois que la reglementation et la secheresse imposent le sujet. La couche des equipements suit la meme tendance : le marche europeen des equipements de traitement de l'eau et des eaux usees etait evalue a pres de 18,6 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre environ 26,9 milliards de dollars d'ici 2034, un soutien durable pour les fournisseurs de technologie, les ensembliers EPC et les proprietaires d'actifs positionnes dans la reutilisation et le dessalement.
Ou le capital se deplace deja
Le capital revalorise deja ces actifs. Le signal le plus clair de 2026 est l'accord de TAQA d'Abou Dabi pour acquerir l'espagnol GS Inima pour environ 1,2 milliard de dollars, une operation attendue en cloture en 2026 qui reunit plus de 50 projets actifs de dessalement et de traitement de l'eau dans dix pays au sein d'une seule plateforme. L'espagnol Aqualia, detenu par FCC et par l'investisseur en infrastructures IFM Investors, a refinance environ 1,46 milliard de dollars via deux emissions obligataires d'environ 582 et 873 millions de dollars et a renouvele d'importants contrats municipaux a Ibiza, Vigo, Salamanque et Jaen, ces flux de tresorerie de concession longue qui ancrent les portefeuilles d'infrastructure. Les carnets de projets confirment la direction : GS Inima a boucle le financement de l'usine de dessalement Ghubrah III a Oman et, avec Aquapor, a remporte le contrat de dessalement de l'Algarve au Portugal. Les fusions-acquisitions du secteur sont restees actives tout au long de 2025 avec 159 operations hydriques recensees, valorisees autour de 10,8 fois l'EBITDA, un multiple qui reflete la prime de rarete que les acheteurs attachent desormais a l'approvisionnement en eau sous contrat. Pour un investisseur, reutilisation et dessalement combinent des revenus regules ou garantis par concession avec un moteur de demande, la secheresse, qui s'intensifie plutot que de s'attenuer.